N° 947 15/10/2025 Les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis se caractérisent par des alternances de menaces, de contre-mesures et de compromis provisoires. Les deux puissances sont particulièrement focalisées autour des enjeux de hautes technologies, secteur dans lesquels les Etats-Unis pensaient posséder une avance assez confortable, encore il y a quelques années. Et leur agressivité est aiguisée au fur et à mesure de la réduction de cette avance avec quelques épisodes fameux comme les poursuites contre Huawei, équipementier en télécommunication et réseaux internet.
Les autorités chinoises ont décidé, il y a quelques jours, de contrôler toute exportation de matériaux critiques issus des terres rares. Toute entreprise étrangère, qui souhaite exporter un produit contenant de ces matériaux (plus de 0,1%) devra obtenir une autorisation. Elles précisent qu’il s’agit d’un encadrement mais non d’une interdiction. Malgré ces explications, le Président Trump tempête et décide aussitôt de revenir à 100% de droits de douane sur toutes les importations en provenance de Chine. Notons, que l'enjeu des terres rares, leur extraction et la purification des matériaux ne sont pas des enjeux nouveaux et attisent les concurrences depuis le début du siècle comme le précise Régis Poisson dans un article1 paru en 2012 dans la revue l'Actualité Chimique. Rappelons aussi que la France en 1993 la société française Rhône-Poulenc était numéro 1 du marché avec 21% de la production mondiale en volume et 36% en valeur2. Ce sont des choix stratégiques industriels, ainsi que le décrit un rapport du sénat3 en 2015-2016 qui ont vu l'abandon du traitement des terres en France avec la fermeture de l'usine de la Rochelle en 2016 où Rhône-Poulenc traitait du phosphate de monazite - l'un des principaux minerais de terres rares - qui comprenait une quantité importante de thorium qui est radioactif. Puis cette usine fut fermée à la suite de l'interdiction de traiter la monazite. Rhône-Poulenc est devenu Rhodia, puis Solvay. Le retard pris pèse évidemment sur nos capacités à reconquérir une place dans ce secteur, ce d'autant que l'expertise technologique nécessaire pour maîtriser la purification n'est pas particulièrement simple.
Les Etats-Unis imposent depuis mai 2025 des restrictions sur les exportations des logiciels de conceptions des puces électroniques (en ayant coupé précédemment l’accès des Chinois aux équipements de pointe de fabrication de puces, en particulier d’origine néerlandaise). Les trois leaders occidentaux du marché, les Américains Cadence et Synopsys, et l’Allemand Siemens EDA., qui concentraient en 2024 entre 70 et 80 % du chiffre d’affaires du secteur, doivent désormais obtenir pour toute exportation, réexportation ou simple transfert sur le sol chinois de ces logiciels une licence d’exportation délivrée au cas par cas par le département américain du Commerce.
Les autorités chinoises avaient protesté contre « cette politisation du commerce international » qui les incitaient, continuaient-elles, à mettre les bouchées doubles pour parvenir à l’auto-suffisance dans ce secteur.
En ce qui concerne les terres rares, l’administration américaine n’a pas mis en perspective l’auto-suffisance mais a affirmé des vues sur le Groënland, passé un accord avec l’Ukraine pour obtenir le monopole de ses terres rares. Pour autant, la Chine a une part de 90% du marché mondial du raffinage des terres rares et généralement et très curieusement, les auditeurs ou lecteurs occidentaux sont aussi informés - outre de ce quasi-monopole chinois – des caractéristiques très polluantes de ces activités de raffinage.
Stratégiquement, la Chine a la capacité de mettre à genou des pans entiers des industries de pointe occidentales en fermant le robinet des métaux rares… le temps de rattraper son retard sur les puces.
L’Union européenne, pendant ce temps, lance un plan de sauvegarde de sa sidérurgie avec une augmentation des droits de douanes. Il est vrai que pour construire des armements, pierres angulaires de la nouvelle politique industrielle européenne jusqu’ici dédiée à la transition énergétique/écologiste, il est pertinent de conserver une production locale d’acier. Quant à l’électronique nécessaire à la précision des instruments de commandes/contrôles de ces armements, une ressource propre européenne reste assez peu probable.
1 https://new.societechimiquedefrance.fr/wp-content/uploads/2019/12/2012-369-dec.-p47-Poisson_HD.pdf