Gantry 5

 

N° 942 08/09/2025  Les réactions de ce côté-ci de l’Eurasie ont déjà été évoquées, principalement au sujet de la montée en puissance de la Chine, qui a mis en scène son poids dans les affaires du monde.
A l’issue de ce sommet, un long document a énuméré les positions communes de cette alliance, présentée par certains comme un antidote à l’imperium états-unien.
De fait, le long document ne remet pas en cause fondamentalement l’ordre international même s’il revendique une meilleure place pour les pays en développement dans les instances internationales, essentiellement l’ONU. L’OCS appelle à un idéal démocratique au sein de la communauté des Etats, ce qui ne concerne pas les peuples évidemment. Pour autant, la déclaration fait grand cas des droits de l’homme, mais ne les taxons pas de davantage  d’hypocrisie que les Etats occidentaux lorsqu’ils faisaient de même tout en menant des guerres coloniales et/ou fomentaient des coups d’Etat ici ou là dans le « Sud ».
En termes de développement économique, il faut retenir qu’il est durable et doit s’épanouir dans un environnement ouvert, en clair, un plaidoyer pour la libre circulation des marchandises dans le cadre des protocoles internationaux qui assure la stabilité nécessaire au bon fonctionnement du système. D’ailleurs, c’est à ce titre qu’est préconisée la guerre au trafic de stupéfiants et la lutte contre le terrorisme, qui s’étend au séparatisme et à l’extrémisme à des fins égoïstes (sic).
Une place de choix est réservée dans la déclaration finale au projet « route de la soie », projet chinois, qui, comme son nom l’indique, consiste à développer les infrastructures (ports, routes, chemins de fer, énergies, etc.) le long de l’ancienne route de la soie. Il s’agit essentiellement de capitaux chinois, et pour mémoire, ils se sont aussi investis dans des ports de l’Union européenne (des parts dans 14 ports européens). Par ailleurs, il s’agit aussi de mettre en place une logistique propre au développement d’un espace économique continu englobant l’Asie centrale, la Russie et leurs ressources et la Chine et ses besoins. Il va de soi que les préoccupations environnementales sont prises en compte dans cet effort de développement.
Enfin, quoi qu’il en soit, ce fameux « développement » s’entend dans le cadre d’une économie de marché et d’organisation capitaliste, avec tout ce que cela implique en termes d’accumulation de capital et d’extraction de valeurs d’échange par l’exploitation des travailleurs. Cela n’est évidemment pas dit, pas plus d’ailleurs dans les documents du même genre de l’Union européenne.
Enfin, la déclaration commune propose « la formation d’une vision commune de l’idée de créer une communauté de destin commun pour l’humanité et le développement du dialogue selon le principe : « Une seule Terre. Une seule famille. Un seul avenir ». Les États membres appellent la communauté internationale à se joindre à l’initiative de l’OCS « Pour l’unité mondiale en faveur d’un monde juste, de la concorde et du développement ». D’un point de vue symbolique, cette noble ambition contraste singulièrement avec les déclarations issues de la Présidence des Etats-Unis. Tout comme les échanges feutrés entre membres de l’OCS se distinguent nettement des échanges tendus entre les alliés bravaches occidentaux.
En conclusion, loin de présenter une alternative au système économique capitaliste, au contraire, les membres de l’OSC entendent s’en montrer comme les plus raisonnables et responsables, jusqu’à donner la leçon aux pays occidentaux. Par ailleurs, le système n’a plus un centre (occidental) et une périphérie (le reste de la planète), c’est ce que nous disent les chefs d’Etat de l’OCS.
La déclaration finale du sommet de l’OCS exprime clairement que le système des relations internationales doit s’ajuster à la réalité de système de production capitaliste mondial dans lequel les Occidentaux n’ont plus la prééminence qu’ils semblent estimer toujours conserver. Elle constitue un document marquant des rivalités impérialistes en cours.
Les peuples et les travailleurs du monde entier n’y trouveront aucune solution pour mettre fin à leur aliénation et aucune perspective à long terme de cohabitation pacifique.