N° 937 06/07/2025 Le 6 août 1945, le bombardier Enola Gay largue au-dessus de la ville d’Hiroshima la première bombe atomique jamais utilisée lors d’une guerre, qui explose à 600 m du sol, libérant une énergie équivalente à 15 000 tonnes de TNT.
Le 9 août suivant, le bombardier Bockscar largue au-dessus de celle de Nagasaki une seconde bombe atomique d’une puissance de 20 kilotonnes, qui explose à 500 m du sol.
L’historien US Howard Zinn évalue les morts directs à 250 000, les autorités japonaises à 200 000. Evidemment les chiffres des dirigeants US (110 000 en tout) diffèrent et minimisent.
Pour un bilan complet, il faut aussi évoquer les morts « indirectes » : leucémies, tumeurs cancéreuses, apparition de cataracte, troubles pulmonaires, stérilité, etc. qu’il est difficile de chiffrer. Toutes ces pathologies sont en nette augmentation chez les survivants irradiés suivis par les médecins japonais.
Au-delà d’une condamnation indispensable de ces bombardements, il est important de retenir que le seul pays aujourd’hui dont on est certain qu’il peut utiliser la bombe atomique dans une confrontation armée, ce sont les USA, pour la bonne et simple raison qu’ils l’ont déjà fait.
Il est important aussi de chercher pourquoi le président Truman a ordonné ces actes abjectset de démonter l’argumentation des impérialistes US.
La rhétorique US est la suivante : les deux bombes ont permis d’écourter la guerre et d’obtenir la capitulation sans condition du Japon le 2 septembre, après une allocution radio de l’empereur Hirohito l’annonçant le 15 août. Ce point a longtemps fait consensus et été imposé, par exemple dans nos manuels scolaires, mais la majorité des historiens le conteste désormais.
Il est vrai que la bataille d’Okinawa (avril – juin 1945), première confrontation terrestre sur le sol japonais, avait occasionné beaucoup de pertes chez les soldats US, et que le gouvernement de Truman cherchait à éviter des combats similaires pour avoir moins de morts.
La stratégie US, à partir de mars 1945, se basa sur des bombardements massifs. Du 11 au 19 mars 1945, les États-Unis larguèrent du napalm sur Nagoya, Ōsaka et Kōbe. Entre mars et août 1945, soixante-six villes subirent les bombes incendiaires américaines, plusieurs centaines de milliers de civils perdirent la vie, et des millions devinrent sans-domicile. Durant les trois semaines précédant Hiroshima, vingt-cinq villes japonaises furent touchées, et huit d’entre elles subirent plus de dégâts que Hiroshima. Toutefois, malgré cela, le Japon n’a pas capitulé.
La vérité, à la fois pour expliquer la bombe atomique et la capitulation japonaise se trouve ailleurs. La déclaration tripartite (USA, Royaume Uni et Chine nationaliste de Tchang KaïChek) exigeant la capitulation sans condition du Japon, dans le cadre de la conférence de Potsdam, date du 26 juillet. Or les ordres de Truman, connus de peu de gens, pour les bombardements atomiques datent du 16, après la réalisation d’une première explosion à Alamagordo (Nouveau Mexique).
Depuis Yalta, il était prévu que l’URSS entrerait en guerre et récupèrerait le sud de l’île de Sakhaline et l’archipel des Kouriles, enlevés à l’empire russe par le Japon à la suite de la guerre russo-japonaise de 1905. Etant sûr de l’efficacité de la bombe, Truman n’avait plus besoin de cette aide pour éviter les pertes. Le larguage des bombes servirait au contraire à monter aux Soviétiques la puissance US, et qu’elle n’hésiterait pas à s’en servir contre l’URSS, c’était son seul but.
Par ailleurs, les Soviétiques, informés par Truman que les USA possédaient une « bombe spéciale », décidèrent de hâter leur intervention. L’armée rouge entra en Mandchourie (région de Chine occupée par l’armée nippone) dans la nuit du 8 au 9 août 1945. En quelques jours la division japonaise Kwantung était défaite. Par la mer, les forces navales s’emparèrent des Kouriles, elles étaient désormais à portée de Hokkaïdo, l’île la plus septentrionale du Japon.
Les autorités japonaises préférèrent se rendre aux USA, qui étaient ambigus sur le sort réservé à l’empereur et à son régime, plutôt que d’être envahis par les Soviétiques, par crainte de l’établissement d’un régime socialiste. C’est donc l’entrée de l’Armée rouge en Mandchourie et non les bombes atomiques qui décidèrent Hirohito et sa clique à capituler.
Les 200 000 à 250 000 morts directs de ces deux bombes n’ont donc « servi » qu’à empêcher l’entrée des troupes soviétiques sur le sol japonais. Truman a passé la vie des victimes en pertes et profits.
En ce 80ème anniversaire de cette tuerie immonde et injustifiable, le parti Révolutionnaire Communistes condamne toute utilisation des armes atomiques et le caractère particulièrement odieux et mensonger du récit entourant les deux seules fois où une telle bombe fut utilisée. Il est essentiel de ne pas oublier et de dénoncer le rôle meurtrier du système capitaliste et, en son sein, de la puissance impérialiste dominante, les USA.