Gantry 5

 

N° 933 08/07/2025 Le sommet des BRICS, s'est tenu à Rio de Janeiro au Brésil les 6 et 7 juillet sous la présidence de I. Lula. Sur les onze membres actuels qui constituent l'organisation après son élargissement de 2024, dix ont participé aux travaux, tandis que le représentant de l'Arabie saoudite qui n'a toujours pas formalisé son adhésion, n'est arrivé à Rio qu'à la fin du sommet. On notera aussi l'absence des chefs d'États de la Russie et de la Chine représentés respectivement par leur ministre des affaires étrangères et de leur premier ministre. De la même façon, les dirigeants saoudien, Iranien, Émiratis et Égyptien étaient absents du sommet.
Rappelons que les BRICS initialement issus, en 2009, d'une organisation de coopération du Brésil, de la Russie, de l'Inde et de la Chine ont été rejoints en 2011 par l'Afrique du Sud, puis en 2024 par l'adhésion de l'Iran, de l'Égypte, des Émirats Arabes Unis, de l'Indonésie et de l'Éthiopie, tandis que l'Argentine a renoncé à son adhésion et l'Arabie Saoudite ne l'a pas ratifiée. Au-delà de ses membres, les BRICS comptent 10 pays partenaires dont le Vietnam. À la date du 10 août 2023, 23 pays ont déposé leur candidature pour devenir membre du groupe BRICS1. L'étendue géographique, économique et humaine des BRICS peut se mesurer par le fait qu'ils représentent 31,5% du PIB mondial, c'est plus que les 30,7 % pour les pays du G72 et plus de la moitié de la population mondiale. Au sein du groupe, la Chine en est le poids lourd économique3. Conçu comme un forum pour les pays émergents, les BRICS ont pour ambition de défendre le multilatéralisme par un renforcement de la coopération des pays du Sud et une réforme de la gouvernance mondiale donnant aux pays du Sud plus de place et d'influence dans les instances internationales : l'ONU, le FMI, l'OMC...actuellement dominés par les puissances capitalistes occidentales. Dans ce sens, les BRICS tentent d'échapper à la domination du dollar sur l'économie mondiale en utilisant leurs propres monnaies pour payer leurs échanges commerciaux. Lors du dernier Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le président russe Vladimir Poutine a donné quelques chiffres sur les BRICS et notamment sur les échanges commerciaux entre les pays membres qui ont dépassé les 1.000 milliards de dollars. Cela reste cependant modeste, en 2019, selon la Banque Mondiale, le volume mondial total d'exportations de biens et de services était de 24.795 milliards de dollars et le volume mondial total d'importations de biens et de services était de 24.312 milliards de dollars. En outre, le dollar est utilisé comme monnaie d'échange au niveau mondial dans 88% des transactions. La Banque des BRICS créée pour financer des opérations et des projets d'investissement l'a été avec un capital initial de 50 milliards de dollars. En dix ans, elle a financé 120 projets pour un montant de 40 milliards, par comparaison, la Banque Africaine de Développement a, seulement pour 2024, financé pour 11 milliards de projets.
Au-delà de ces éléments statistiques qui mettent en évidence la modestie des moyens dont disposent les BRICS, il nous faut mesurer que les pays les constituants, tous des pays capitalistes, ont comme toutes les puissances, quelle que soit leur taille, des intérêts liés à leur forces sociales bourgeoises dirigeantes qui peuvent être à la fois convergents et divergents, se traduisant parfois par des conflits armés, comme cela a été récemment le cas entre l'Inde et le Pakistan. Leurs attitudes vis-à-vis des puissances capitalistes occidentales ne sont pas homogènes. Certaines, comme l'Inde, pratiquent l'équilibrisme entre la puissance impérialiste dominante que sont les États-Unis et ont, en même temps, un regard tourné vers le Sud, tandis que ses échanges militaires avec Israël sont très actifs.
Dans ces conditions, de contradictions internes fortes, pas étonnant que la déclaration finale issue du sommet de Rio soit restée assez vague sur les problèmes internationaux majeurs. Si l'entrave au commerce mondial que sont la hausse des droits de douanes imposée par les États-Unis est soulignée dans la déclaration, cette dernière se garde bien d'en désigner le responsable. Cette prudence n'empêchant pas D. Trump de menacer d'une surtaxe de 10% ceux qui emboiteraient la position des BRICS. Ce qui n'empêche pas non plus les négociations de s'engager pays par pays avec les États-Unis et donc d'affaiblir globalement la position des BRICS par rapport à ces droits de douanes. Sur l'Ukraine la discrétion est de rigueur, si elle ne risque pas de gêner la Russie elle ne dit rien de particulier sur les plans de l'OTAN en Europe. En ce qui concerne l'Iran, pourtant membre des BRICS, les bombardements du pays sont condamnés, comme ceux sur Gaza, sans que soient nommés les agresseurs ! Guttieres le secrétaire général de l'ONU ayant placé son intervention sur les questions du climat, nul doute que cela n'a fâché personne.
Cette difficulté des BRICS à faire front commun n'est pas une surprise pour tous ceux, dont nous sommes, qui analysent la réalité et la nature de l'impérialisme comme le résultat de l'évolution du capitalisme dans une phase de crise aigüe de sa mondialisation. Plutôt que de chercher dans les BRICS un quelconque anti-hégémonisme aux États-Unis et à ses obligés, il serait plus utile d'analyser que ces tensions sont l'expression des concurrences exacerbées au sein du système impérialiste.
C'est pourquoi dans notre combat politique, nous voulons rassembler contre l'impérialisme, dans la clarté et non en semant des illusions.
Nous appelons à la lutte contre les guerres impérialistes, contre la participation du gouvernement français aux plans impérialistes des États-Unis, de l'OTAN, de l'UE et d'Israël, pour que la France sorte des alliances impérialistes de l'OTAN et de l'UE. Nous soulignons l'urgence du combat pour soutenir la juste lutte, y compris armée, du peuple Palestinien pour en finir avec le colonialisme sioniste et construire un État palestinien démocratique sur toute la Palestine mandataire.
Notre choix, c'est d'être au côté des peuples et non de faire le choix d'un impérialisme plutôt que d'un autre.
Il n'y a que sur ces bases que l'on peut rassembler les forces communistes pour lutter contre l'impérialisme et pour la paix !
3 Trois des cinq BRICS font partie des dix premières puissances mondiales : Chine 2e, Inde 7e, Brésil 8e, Russie 11e, Afrique du Sud 32e.