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Rubrique internationale: Italie. Téhéran. Myanmar (Birmanie)

N° 779 27/07/2022 Italie : Draghi jette l'éponge! Téhéran : Rencontre Turquie, Iran et Russie. Myanmar (Birmanie) : La junte militaire exécute des opposants politiques.

Italie : Draghi jette l'éponge!
Le 13 février 2021, Mario Draghi devenait premier ministre du gouvernement italien. Nous avions apprécié alors que le sens profond de cette nomination pouvait se résumer par le fait que le capitalisme monopoliste italien avait trouvé sur son nom un consensus d'action(1) . L'objectif étant de travailler à une restructuration profonde du capitalisme italien au moyen d’une part considérable de fonds européens (presque 200 milliards d’euros) visant à soutenir financièrement les entreprises les plus performantes, imposer une flexibilisation encore plus importante du travail ainsi que de nouvelles et profondes réformes en faveur du capital. M. Draghi, administrateur de la Banque mondiale de 1984 à 1991, puis à la tête du trésor italien de 1991à 2002 où sous son égide une vague de privatisations(2) a eu lieu , banquier d'affaires chez Goldmann Sachs de 2002 à 2006, gouverneur de la banque d'Italie de 2006 à 2011, nommé par Berlusconi et enfin de 2011 à 2021 directeur de la Banque Centrale Européenne, les capitalistes ne pouvaient pas rêver d'un meilleur candidat comme premier ministre pour mettre en œuvre une politique de liquidation de ce qui reste en Italie des conquêtes sociales de la libération.
La quasi-totalité des grands partis politiques italiens, à l'exception de Fratelli d'Italia (un parti se réclamant du fascisme mussolinien) avait, à l'époque, apporté leur soutien à l'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) : Un attelage allant du Parti démocrate (PD, centre gauche) à la Ligue de Matteo Salvini en passant par le parti de droite Forza Italia de Silvio Berlusconi. Le Mouvement 5 Étoiles (M5S), soi-disant antisystème, avait donné son feu vert, faisant ainsi tomber le dernier obstacle à un gouvernement d'union nationale. Tous ces groupes politiques ont négocié leurs portefeuilles ministériels, lui assurant une large majorité au parlement et au sénat.
Certes une des dimensions de la crise réside dans les stratégies et tactiques des partis qui entendent par leur présence dans les institutions avoir un contrôle plus ou moins direct sur les centaines de milliards que représentent les budgets de l'état et des collectivités territoriales, comme sur les 200 milliards d'Euros promis par l'UE sur la période de 2021 à 2026 au titre du fond de relance et soumis aux conditions de réformes profondes économiques et sociales au détriment des salariés.
Les salariés italiens supportent de plus en plus mal les reculs sociaux que leurs imposent les représentants du capital. Les politiques de Draghi, soutenues par tous les partis et de fait aussi par Fratelli d'Italia, avec l'augmentation des dépenses militaires au détriment des dépenses sociales (santé et école), la prétendue autonomie différenciée des régions qui va diviser encore plus le pays et, enfin, les politiques économiques qui ont favorisé la baisse des salaires et des retraites et la généralisation de la précarité affectent profondément les travailleurs. La guerre en Ukraine et ses conséquences en matière de prix a encore accentué le mécontentement social. Les mouvements de luttes se développent et la réalité est plus forte que tout : La lutte des classes est toujours là. La question lancinante des forces du capital est de : comment avancer quand le rapport des forces bouge en faveur des salariés. Les sondages pour les prochaines élections annoncent une victoire des forces de droite et à leur tête l'extrème droite Fratelli d'Italia. Quel que soit le résultat des prochaines élections c’est un gouvernement au service du capitalisme qui dirigera l’Italie. De nouveaux coups seront portés aux travailleurs italiens et l'on mesure l'absence d'un grand parti de classe résolument porteur de la transformation révolutionnaire dont les sociétés modernes ont un urgent besoin. La crise italienne, comme en France, met crûment en lumière cet impératif!

(1)https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/monde/1314-venezuela-mali-italie-haiti-catalogne-turquie
(2)Ont été privatisés entre autres : Telecom Italia, Autostrade, ENI (la grande compagnie pétrolière et gazière italienne)

Téhéran : Rencontre Turquie, Iran et Russie
Le 19 juillet à Téhéran s'est tenue une rencontre entre les dirigeants russe V. Poutine, iranien E. Raïssi et turc T. Erdogan. Cette rencontre prévue pour discuter de la situation en Syrie où ces trois états sont engagés a, guerre en Ukraine et récente visite de J. Biden en Israël et pays du golfe oblige, largement débordé le cadre initialement prévu. Concernant la Syrie, si la Russie et l'Iran sont objectivement dans une situation d'alliance dans une intervention militaire de soutien à l'état syrien, il n'en va pas de même de la Turquie dont l'intervention militaire vise, au prétexte de combattre le terrorisme en fait d'en chasser les kurdes syriens, à soutenir des groupes armés opposés au régime syrien et à installer une bande de 30 km dite zone de sécurité à sa frontière. Sur ce point, russe et iranien se sont opposés à un tel projet, la Russie insistant sur le fait que le soutien de la Turquie aux djihadistes regroupés à Iblid représentait un danger pour la stabilité de la région. De son côté, Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, avait averti que l'opération militaire prévue par le président turc contre les combattants kurdes dans le nord de la Syrie serait : « préjudiciable à toute la région ». Autant dire qu'aucun progrès notable n'est venu de la rencontre de Téhéran sur le terrain de la Syrie où les trois protagonistes entendent jouer de leur position de puissances régionales face à un axe mené par l'alliance d'Israël et de pays arabes sous la houlette des États-Unis. Rappelons que la position de la Turquie est ambivalente au sens où elle joue une carte régionale tout en étant membre de l'OTAN.
Cette ambiguïté se retrouve sur les questions de l'Ukraine. Si l'Iran soumis à des sanctions de la part des États-Unis, soutient clairement la Russie dans le conflit ukrainien et recherche avec elle des accords commerciaux et politiques, il n'en va pas de même de la Turquie qui soutient militairement l'Ukraine en l'équipant, entre autres, de drones et dans le même temps cherche à occuper une position de neutralité lui permettant de jouer un rôle de médiateur dans le conflit en cours. Rôle qu'elle a joué dans l'accord obtenu avec l'Ukraine, la Russie et l'ONU sur la question de l'exportation des céréales à partir des ports ukrainiens.
Lors de ce sommet, chacun a donc avancé ses pions en fonction de ses intérêts de puissance. Dans les concurrences et les conflits au sein de l'impérialisme, il n'y a pas de lignes immuables, elles sont en dernière analyse muent par la recherche des profits capitalistes et des conditions optimales d'accumulation du capital. Les peuples n'ont rien de bon à attendre de tout cela et ils en font la cruelle expérience. La seule issue est le combat national et international pour abattre le système capitaliste.

Myanmar (Birmanie) : La junte militaire exécute des opposants politiques.
Le régime militaire du Myanmar a annoncé lundi l'exécution de quatre militants de l'opposition, après les avoir condamnés à mort pour « actes terroristes » lors d’un procès à huis clos. Les militants exécutés sont des proches de la LND (La Ligue Nationale pour la Démocratie) : Phyo Zeya Thaw, ancien député de la LND, Kyaw Min Yu, Hla Myo Aung et Aung Thura Zaw. Leurs exécutions s’inscrivent dans la répression politique sanglante exercée par le régime militaire contre les opposants. Selon l’AAPP (l’Association pour l’Assistance aux Prisonniers Politiques), plus de 2.100 personnes ont été tuées et plus de 15.000 arrêtés par l’armée au Myanmar depuis le coup d’état, l’armée tirant à balles réelles sur les manifestants. L’exécution des opposants politiques marque une nouvelle étape dans la spirale de violence de la junte militaire.
La nouvelle a aussitôt suscité de nombreuses réactions hypocrites:
La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme: « Je suis consternée qu'en dépit des appels lancés dans le monde entier, les militaires aient procédé à ces exécutions sans aucun égard pour les droits humains. Cette mesure cruelle et régressive s'inscrit dans le prolongement de la campagne de répression que les militaires mènent actuellement contre leur propre peuple » a affirmé Michelle Bachelet dans un communiqué.
Les États-Unis ont également réagi par l'intermédiaire du chef de la diplomatie américaine Antony Blinken: « Ces violences répréhensibles démontrent le mépris total du régime pour les droits humains et l'état de droit », a dit le secrétaire d'État dans un communiqué. L’UE partage la position des USA. Pour la France, selon la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères « condamne fermement » les exécutions et estime que c'est une « nouvelle étape dans l'escalade des atrocités commises par la junte birmane depuis le coup d'État ». D’autres ne se contentent pas de bla bla bla mais demandent des actes.
Ces exécutions constituent « un acte de la plus grande cruauté », a réagi l'ONG de défense des droits humains Human Rights Watch. « Les pays membres de l'Union européenne, les États-Unis et les autres gouvernements doivent montrer à la junte qu'il y aura des comptes à rendre pour ses crimes », a déclaré Elaine Pearson, directrice Asie de l'ONG.
Tom Andrews, rapporteur sur la situation des droits de l'homme au Myanmar pour l’ONU pose la question de la position des pays occidentaux qui ne mènent « aucune action concrète » pour venir en aide au peuple Birman et appelle les membres des Nations unies à isoler financièrement la junte et à « répondre à la crise en Birmanie avec le même caractère d’urgence que pour la crise en Ukraine ».
Le régime militaire a pris le pouvoir au Myanmar il y a plus d’un an, à la suite d’un coup d’état le 1er février 2021(1). La population avait immédiatement exprimé sa colère au coup d’Etat par des mobilisations, des grèves allant jusqu’à la grève générale. Des millions de personnes s’opposent à la junte et la répression est de plus en plus intense. Les militaires sont au pouvoir et aux affaires (hebdo 703 11 février 2021). Le General Min Aung Hlaing, leader de la junte militaire multiplie les raids aériens et les tirs d’artillerie contre les populations civiles, intensifie massacres, exécutions sauvages, attaques aériennes contre des déplacés dans l’est du pays. Les troupes terrestres procédant à des exécutions, pillant et incendiant des villages.
L’ONU a dénoncé de « probables crimes de guerre et crimes contre l’humanité » commis depuis le putsch(2).
Dans un rapport publié en juin dernier, le représentant de l’ONU dénonce notamment la mort de 382 jeunes birmans et la torture de milliers d’autres. Selon le rapport quelque 250.000 enfants ont été déplacés en Birmanie et au moins 382 ont été tués. Face à cette répression sanglante, la population et sa jeunesse organise la lutte contre la dictature militaire allant jusqu’à la forme de résistance armée.
Notre Parti soutien la lutte pour la défense du droit du peuple du Myanmar de décider librement et de s'autodéterminer pour son présent et son avenir.
Le système capitaliste génère des conflits partout et entraîne l’Humanité dans une catastrophe. La seule voie c’est celle de la lutte contre le capitalisme jusqu’à l’abattre.

(1) https://www.sitecommunistes.org/index.php/monde/asie/1309-birmanie-coup-d-etat-des-militaires-pour-proteger-leurs-interets-economiques-et-politiques
(2)Ce n’est pas la première fois que l’armée birmane est accusée de crimes de guerre. En 2017, plus de 750 000 réfugiés de la minorité musulmane rohingya ont trouvé refuge dans des camps de fortune au Bangladesh, fuyant les exactions des militaires, des violences à grande échelle qualifiées de « génocide ».