Introduction conference: Qu'est que l'impérialisme?

709-24/03/2021 Chers amis et camarades,
Au nom des cellules Université/recherche et CNRS INSERM du Parti Révolutionnaire Communistes nous sommes heureux de vous accueillir au Maltais rouge pour cette journée débat sur le thème : Qu’est-ce que l’impérialisme aujourd’hui ?

La France puissance impérialiste.
D’abord nous devons préciser la définition de l’impérialisme car il est aujourd’hui soit non défini, incompris soit même galvaudé. Il est donc impératif de redéfinir l’impérialisme aujourd’hui dans une période de grandes tensions internationales. Si le terme impérialisme est utilisé abondamment dans la littérature politique et par beaucoup de personnes, la définition de ce concept, selon les intervenants, recouvre des réalités bien différentes. Certains conçoivent l’impérialisme comme la capacité d’un État à en dominer un ou plusieurs autres notamment sur les plans militaire et commercial voire culturel. Pour eux, l’impérialisme se réduit à la notion d’Empire. Dans le débat actuel, Les États-Unis sont, par exemple, un empire et l’impérialisme est souvent limité à ce pays ou aux seuls pays qui leur sont alliés. Ainsi, la nature de l’impérialisme comme stade de développement moderne du capitalisme est occultée.
Rappeler cette notion est essentielle car aujourd’hui encore cette différence de concept divise toujours les partis communistes et les forces progressistes dans le monde. Le concept de l’impérialisme que nous défendons est celui de Lénine. Il est le premier à en avoir donné une définition concise dans son livre écrit en 1916 « L’impérialisme stade suprême du capitalisme ». Il écrit : « L’époque du capitalisme moderne nous montre qu’il s'établit entre les groupements capitalistes certains rapports basés sur le partage économique du monde et que, parallèlement et conséquemment, il s’établit entre les groupements politiques, entre les États, des rapports basés sur le partage territorial du monde, sur la lutte pour les colonies, la « lutte pour les territoires économiques ». L’analyse de Lénine s’appuie sur la loi de développement de l’économie capitaliste, celle de la recherche du taux de profit maximum, de l’accumulation et de la concentration du capital. Elle se distingue donc de la simple analyse de domination militaro-économique d’un pays sur un autre. Dans son ouvrage, Lénine donne cinq critères fondamentaux définissant l’impérialisme qui sont les suivants :
1) la concentration de la production et du capital parvenue à un degré de développement si élevé qu’elle crée les monopoles, dont le rôle est décisif dans la vie économique.
2) la fusion du capital bancaire et du capital industriel, et la création, sur la base de ce « capital financier », d’une oligarchie financière.
3) l’exportation des capitaux, à la différence de l’exportation des marchandises, prend une importance toute particulière.
4) la formation d’unions internationales monopolistes de capitalistes se partageant le monde.
5) la fin du partage territorial du globe entre les plus grandes puissances capitalistes. L’impérialisme est le capitalisme arrivé un stade de développement où s’est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l’exportation des capitaux a acquis une importance de premier plan, où le partage du monde a commencé entre les trusts internationaux et où s’est achevé le partage de tout le territoire du globe entre les plus grands capitalistes.
Notre parti s’appuie sur la conception léniniste de l’impérialisme. Depuis le début du 20ème siècle et après deux guerres mondiales et la succession des indépendances coloniales, la domination des monopoles transnationaux, la fusion du capital financier et du capital industriel, la mondialisation capitaliste avec les processus de délocalisation de la production, tous les traits dont Lénine avait décrit les caractéristiques, se sont développés et approfondis. Ainsi, selon Lénine, impérialisme et capitalisme ne font qu’un à un stade de développement déterminé de ce dernier.
Nous nous employons donc à analyser les transformations profondes qui se sont produites et se produisent dans le développement du capitalisme à l’échelle mondiale dans un contexte où, pour l’essentiel depuis la défaite de l’URSS, il domine les rapports sociaux mondiaux.
La lutte pour des grands monopoles capitalistes est le fruit d’une concurrence entre états capitalistes. Cette lutte ne se fait pas sans contradiction : en effet, il existe une hiérarchie au sein des états capitalistes, les États-Unis étant souvent placés en position dominante de cette hiérarchie aujourd’hui remise en cause par la République populaire de Chine. Dans cette hiérarchie, se trouve évidemment la France, ancienne grande puissance coloniale. Malgré la vague des indépendances des années 60 sur le continent africain notamment, La France est toujours présente sur les cinq continents : La Martinique et la Guadeloupe dans les Caraïbes, la Guyane en Amérique du Sud, La Réunion dans l’Océan Indien, Mayotte au large du Mozambique, la Nouvelle-Calédonie en Océanie et la Polynésie Française dans le Pacifique. Cet ensemble appelé l’Outre-Mer est intégré dans le système capitaliste. Comme évoqué précédemment, Le système capitaliste hiérarchise les puissances entre États mais évidemment aussi à l’intérieur de ces puissances. En effet, selon le rapport du Sénat de 2014, le PIB par habitant de la France métropolitaine était de 31 420€ en 2012 alors que celui de la Martinique de 21 527€, celui de la Guadeloupe 19 810€, celui de la Réunion 19 477€, celui de la Polynésie 17 933€, celui de la Guyane 15 416€ et enfin celui de Mayotte de 6 575€. Aussi, il est précisé dans ce rapport que d’après la Cour des Comptes la mortalité infantile a progressé entre 2000 et 2012. Dans le domaine de l’éducation, l’ensemble des outre-mer accuse toujours un retard important qui peine à se résorber, sauf pour la Guadeloupe qui a vu son écart avec l'hexagone concernant l'indice « éducation » se réduire de moitié entre 1990 et 2010. Avec un indice « éducation » de 0,532, Mayotte se situe dans une position particulièrement défavorable.
Cette politique de la France à l’égard des territoires d’Outre-Mer n’est pas sans conséquence sur le développement global de ceux-ci dans le système capitaliste car comme le précise ce rapport ces territoires accusent un retard important dans la production industrielle. Ainsi, Les territoires d’Outre-Mer sont exploités afin de « nourrir » la métropole par le biais des grandes entreprises et multinationales qui exportent les marchandises vers la métropole et les autres parties du globe sans le développement économique et social des populations qui y habitent. Ces populations sont maintenues toujours à des revenus et salaires très inférieurs aux habitants de la métropole alors que le coût de la vie reste très important. Ainsi la grève générale déclenchée lors de l’hiver 2008-2009 en Guyane et dans les Antilles fut une expression contre ce système économique et social qui appauvrit et malmène les habitants des outre-mer.
Autre terrain majeur de la lutte impérialiste pour la France : l’Afrique. Depuis une vingtaine d’années, l’Afrique est le terrain de chasse favori des grandes puissances capitalistes : Russie, Chine, États-Unis, Japon, Israël, Inde et bien sûr la France. Il est important d’aborder cette question car l’Afrique fait partie d’un des deux centres de déplacement, avec l’Asie, du capitalisme et donc des luttes impérialistes. L’Afrique est présentée par les médias en France comme pauvre, sujette aux maladies diverses, corrompue, et en guerres ethniques perpétuelles. Elle est vue comme l’enfer de l’Humanité. Et donc l’Afrique demande de l’aide, que beaucoup confondent avec développement. A qui demande-t-elle de l’aide ? Dans le développement, il ne suffit pas d’en rester à des définitions mais regarder concrètement la situation liée particulièrement à la présence militaire de l’armée française. La présence des militaires français et des multinationales serait donc pour le bien des Africains. Pourtant lorsqu’on regarde la situation, L’armée française a 3100 militaires permanents au Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon, et Djibouti et 5 100 militaires dans le cadre de l’opération dite Barkhane (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Tchad et Niger). Cette dernière commencée en 2013 vient d’être prolongée sans vote du Parlement et sans débat dans l’opinion publique. Ainsi la population française n’est pas tenue au courant de ce qui se passe. Ces interventions sont présentées comme humanitaires ou de lutte contre le terrorisme. En fait, celles-ci s’effectuent dans le cadre d'une concurrence exacerbée pour acquérir les nombreux contrats du marché du continent. En effet, l’Afrique est un continent peuplé de 1 300 000 000 habitants soit le deuxième continent le plus peuplé et est celui dont la démographie est la plus dynamique. De plus, ses richesses humaines et ses ressources agricoles et minières sont énormes.
Ces interventions militaires en Afrique sub-saharienne ne sont pas sans débat. Cependant, souvent, ces débats n’abordent pas la question de l’impérialisme. La question militaire n’est évoquée que sous l’angle de la souveraineté de ces pays, par ailleurs absolument fondamentale pour l’émancipation des peuples, et non d'un point de vue de l'exploitation capitaliste. Si ce point de vue est évoqué, alors il l’est encore aujourd’hui malheureusement encore trop en marge ou encore trop minoré par rapport aux conséquences réelles de cette politique. Pourtant, les partis politiques français représentés au Parlement ne remettent pas fondamentalement en cause cette politique impérialiste de domination. Ce n'est évidemment pas notre cas qui combattons notre propre impérialisme et exigeons l'arrêt des interventions politiques et militaires contre les peuples d'Afrique. La non-condamnation des interventions françaises sert à détourner l’attention sur la question migratoire en Europe. En effet, depuis quelques mois, on entend dire que la présence de l’armée française au Mali serait la « garantie » contre les migrations de populations venues du Sahel et de la Libye. Par sa présence en Afrique subsaharienne, la frontière de la France se confondrait avec celle du Mali, entend-on. Ces mots ont aussi un objectif : détourner le peuple français de la vraie raison de la présence militaire en Afrique décidée en 2013 à savoir la pérennisation de l’approvisionnement en énergie nucléaire de la France par l’exploitation des minerais d’uranium du Niger. De cette intervention, nous comprenons aussi l’enjeu économique que représente le continent africain et les énormes exploitations capitalistes des multinationales au travers desquelles les gouvernements capitalistes perpétuent l’impérialisme dans ce continent.
C’est parce que ces sujets suscitent beaucoup d’interrogations que nous souhaitons en débattre ici afin de mieux appréhender, connaître et lutter contre ce qui aujourd’hui définit une politique impérialiste et le rôle de la France dans cette politique.

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