Cours n°4 : Le syndicalisme français (supplément)

Le syndicalisme : Des origines à nos jours

Le syndicalisme n’a pas vocation à gérer le pays, ce n’est pas un parti politique dont c’est la vocation. Son action a pour objectif de défendre les intérêts matériels et moraux des salariés, ce qui, nous le verrons l’oblige à élargie son champ d’action aux questions économiques et industrielles en fonction de ses orientations.
C’est en quelque sorte, toute l’histoire du syndicalisme qui se défini à travers ce concept, sous le vocable de « syndicalisme de classe » ou au contraire « syndicalisme réformiste » qui en règle générale, est aussi un « syndicalisme de collaboration de classe »
Le syndicalisme de lutte de classe a fortement modelé le système social français. Il a montré sa capacité à produire des résultats sociaux important à travers de grandes luttes qui ont permis de réduire la précarité de l’existence des travailleurs, de protéger les catégories les plus faibles, d’élever le niveau de vie en fonction de l’évolution des besoins sociaux.
C’est contre ces protections, contre ces acquis que le capital mène l’assaut, en même temps qu’il entraîne le pays vers le déclin. En tentant de jeter le discrédit sur le syndicalisme de classe, le patronat et les gouvernements qui le soutiennent ou qui l’accompagne, mènent une campagne idéologique d’une rare violence, qui s’appuie sur des théorisations d’apparence scientifique, qui postule tout à la fois que le syndicalisme est historiquement dépassé, qu’il est enfermé dans un corporatisme égoïste, qu’il ne profite qu’à des privilèges, qu’il a perdu sa vocation transformatrice et n’est plus un mouvement social, qu’il est devenu un service public vivant aux crochets de l’état.
Ces théorisations n’ont pas épuisé leur fonction. Elles s’insèrent dans tentative de recomposition de la société, recherchée depuis toujours par le capital.
Nous y reviendrons dans le débat, car cette réalité est plus que jamais d’actualité, encore accentuée depuis mai 2002.
L’histoire du mouvement ouvrier en France en est une vivante démonstration.
Dans le courant du 18ème siècle, lors de la révolution industrielle, les salariés ont tenté de se regrouper pour lieux se défendre. La réaction politique ne se fait pas attendre et en 1791, la loi « LE CHAPALIER » interdit tout regroupement, tout corps intermédiaires susceptibles de faire écran entre l’état et le citoyen. Pour le capital, ces agissements doivent être réprimés, car ils sont séditieux contre « la liberté du travail et de l’industrie ».
Il faudra attendre 1884, après la commune de paris ( 1870 ), pour que la législation française autorise la création de syndicats professionnels de salariés et d’employeurs.
En 1895, naissait la CGT.
Depuis ses origines et plus particulièrement dès 1904, la CGT s’est fortement engagée dans la lutte contre la guerre. La tourmente de 1914-1918 révèle la faiblesse de son idéologie et de ses pratiques, celle de son groupe dirigeant qui, JOUHAUX entête, au lendemain de l’assassinat de JEAN JAURES, s’enfonce dans cette forme de collaboration de classe que constitue l’union sacrée. Seule une minorité, autour de la fédération des métaux et du groupe de la « Vie Ouvrière » s’en distingue et combat les options de JOUHAUX et du groupe dirigeant.
Devant l’opposition grandissante à l’union sacrée à l’intérieur du parti socialiste et de la CGT, leurs directions, toutes deux ralliées à l’union sacrée, se rapprochent et des liens étroits se tissent entre la direction de droite du PS et l’état major de la CGT.
La révolution Russe de 1917, suscite un intérêt grandissant parmi les militants des syndicats et, au fur et à mesure qu’elle est mieux connue en France, exerce une attraction favorable à la mise en mouvement des masses.
Après l’armistice, les pays capitalistes connaissent de grands mouvements grévistes. C’est la conséquence de l’hécatombe de la guerre et des souffrances accumulées. En 1919, les grèves atteignent en France leur point culminant. Elles ont pour objectif l’augmentation des salaires, la réduction de la journée de travail.
Les syndicats recrutent massivement. Mais la direction réformiste de la CGT manœuvre pour s’emparer de la direction des mouvements.
Partisans de la lutte des classes, les minoritaires s’organisent et gagnent en influence dans les congrès confédéraux, dans les fédérations et, plus encore dans les unions départementales qui sont plus sensibles aux réactions de la base.
Après le congrès confédéral de 1920 à Orléans, la minorité crée les comités syndicalistes révolutionnaires (CSR) La direction confédérale réformiste riposte vigoureusement en recommandant implicitement l’exclusion des minoritaires.
C’est dans ce contexte que s’ouvre le congrès confédéral de Lille, en juillet 1921, qui se conclut par un nouveau progrès des minoritaires.
Bien que pour sauvegarder l’unité, la minorité ait décidé que les syndicats qu’elle anime se retire des CSR, la direction confédérale maintient sa décision. La scission est bientôt consommée. Elle met fin à l’unité syndicale qui avait vu cohabiter pendant un quart de siècle, non sans tensions ni luttes internes, des militants d’opinions très différentes.
La scission est en rapport direct avec l’aggravation de la lutte des classes dont il existe dans cet immédiat après-guerre bien des manifestations. Parmi celles-ci, la réorganisation des forces sociales de la bourgeoisie qui, au cours de 1919, constitue la CGPF (confédération générale du patronat français), ou bien encore, la création également en 1919 de la CFTC qui, dans l’esprit de ses créateurs est destinée à faire pièce au mouvement révolutionnaire.
La scission signifie, de la part des réformistes, un refus de la démocratie syndicale, position singulièrement grave pour l’unité ultérieur, puisqu’elle indique que les majoritaires n’accepterons pas le jeu démocratique dès lors qu’il risque de les conduire à devenir minoritaires. La situation se reproduira en 1947.
Les minoritaires, qui sont loin de former un bloc homogène, vont constituer la CGTU
(confédération générale du travail unitaire) lors du congrès de Saint Etienne en juin-juillet 1922. L’intitulé de la centrale montre bien qu’elle ne renonce pas à l’unité syndicale.
Il faudra attendre un autre moment fort dans le pays, pour dépasser cette situation. C’est le front populaire en 1936, qui en crée la condition. Le mouvement gréviste, d’une force inédite, conduit à des résultats sans précédent, aux accords de Matignon, aux nouvelles lois sociales, aux conventions collectives, aux quarante heures et aux délégués d’ateliers.
Les travailleurs affluent, en 1937, la CGT compte 5 millions d’adhérents.
La grève de 1938 n’a pas l’envergure nécessaire et révèle l’existence au sein même de la confédération, d’un groupe scissionniste animé par un secrétaire confédéral (BELIN) et organisé autour du journal fractionnel Syndicats. Ce journal, violemment anticommuniste, abrite ses visées de collaboration de classe derrière une pseudo-défense de l’indépendance syndicale.
Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 est le prétexte à l’exclusion des communistes de bureau confédéral et de la commission administrative.
La CGT est dissoute le 9 avril 1940, tandis que BELIN le leader de Syndicats, passe au ministère de la production industrielle. Ses amis s’enfoncent dans le soutien à Vichy et dans la collaboration.
Une fois encore, c’est dans la lutte, cette fois ci dans des conditions difficiles et dangereuses de l’occupation, par les accords du PERREUX (17 avril 1943), que l’unité syndicale se reconstitue.
Mais les minoritaires s’organisent au sein de la CGT autour du journal Force Ouvrière et dès 1946 une première scission porte atteinte à l’unité de la CGT et en 1947 elle sera consommée, F O quittera la CGT. Celle-ci bénéficie de l’appui du parti socialiste, même si, loin s’en faut, elle n’entraîne pas tous les socialistes militants de la CGT.
La scission perpétrée dans la CGT signifie bien l’entrée dans une nouvelle phase des luttes de classes en France et dans le monde.
De 1947 à nos jours.
Il était indispensable de retracer ces moments forts depuis la création du mouvement syndical, pour comprendre les enjeux du syndicalisme de classe et son évolution.
Depuis 1947, l’histoire de notre pays a été jalonnée par les modifications du syndicalisme au gré d’événements politiques qui à conduit au morcellement que nous connaissons aujourd’hui. Mais ne nous y trompons pas, il s’agit toujours du même débat.
Le syndicalisme est une composante de la société, il est donc logique que celui-ci soit confronté aux crises politiques, et sans cesse, attaqué par les gouvernants, le patronat et les réformistes.
C’est l’enjeu de notre combat, ou bien nous faisons le choix d’un syndicalisme de classe, ce qui signifie que nous nous prononçons pour une société sans classe, le socialisme, ou bien nous faisons le choix du réformisme, là, nous gérons dans le sens voulu par les capitalistes, les gouvernements à leur solde, ou les gouvernements sociaux-démocrates.
C’est tout le sens de notre démarche de Communistes. Le syndicalisme révolutionnaire ne peut se satisfaire à lui seul, il a besoin d’un parti politique qui soutienne son combat et le développement de Communistes s’affirmera à travers son action.