Trois questions à Emmanuel Lépine secrétaire général de la Fédération nationale des industries chimiques FNIC-CGT

762-29/03/2022 Les questions des salaires et de l'emploi sont au coeur des luttes sociales. Dans notre rubrique :"Résumé des questions économiques et sociales" publiée sur notre site, nous nous attachons à les mettre en lumière.

Dans le même temps, nous affirmons que la coordination et la convergence de ces luttes est indispensable pour faire reculer la politique du patronat et du pouvoir. La convergence et ses objectifs sont un enjeu majeur qui est posé au mouvement syndical de classe. Nous nous sommes largement expliqués sur le fond de ces questions dans un document intitulé "Syndicalisme et lutte de classe" (1)

Nous sommes particulièrement attentifs à la situation présente qui marque une intensification et un élargissement des luttes sociales, c'est pourquoi, les points de vue et analyse qu'en font les organisations syndicales et tout particulièrement celles de la CGT nous intéressent. C'est dans cette perspective que nous publions aujourd'hui une interview de Emmanuel Lépine secrétaire général de la Fédération Nationale des Industries Chimiques (FNIC-CGT), fédération qui vient de tenir son 42e Congrès.

Votre 42e congrès extraordinaire a eu lieu du 21 au 24 mars. Qu'en retiens-tu d'essentiel?
Notre congrès a réuni 300 participants de toute la France et de nos onze branches d'activités parmi lesquelles la chimie, le caoutchouc, le pétrole, la plasturgie et l'industrie pharmaceutique.
Ce congrès aura montré un très large partage de la situation générale actuelle, marquée par les rapports sociaux capitalistes. Le congrès a condamné clairement la guerre actuelle en Ukraine, comme une guerre entre impérialismes, russe d'une part, ukrainien et occidental d'autre part.
Les orientations adoptées forment un projet complet de société et suppose la réponse aux besoins des travailleurs et des peuples, mais aussi un autre type de société que la société capitaliste.
Notre structure nous fait naturellement pencher vers des revendications interprofessionnelles, ce plan de société est donc un élément du débat nécessaire sur quelle stratégie des luttes il nous faut collectivement adopter, et quelle CGT il nous faut en tant que classe sociale pour être à la hauteur des enjeux.

La dimension internationale de l'action syndicale de classe y a été remarquée par la présence et l'intervention du secrétaire général de la FSM Georges Mavrikos. Cette dimension est tout à fait importante au regard de la situation de guerre qui se développe. Comment articuler lutte de classe et lutte pour la paix.
La première revendication de la CGT, c'est la paix. Pour des raisons idéologiques, mais aussi pour des raisons pragmatiques car quand il y a la guerre, il n'y a plus de revendications de salaire, de conditions de travail, de retraite ou de temps de travail. Il n'y a que la guerre!
Dans notre monde, c'est la concurrence exacerbée , c'est la guerre économique. Les États défendent leurs fleurons industriels, comme Macron quand il se déplace à l'étranger entouré de quarteron de PDG d'entreprises françaises. Les travailleurs sont mis en concurrence permanente, entre les pays, mais aussi au sein d'un même pays au moyen du dumping social, de la sous-traitance et de la précarité.
Dans ce monde d'une violence inouïe et institutionnalisée, la paix n'est pas simplement l'absence de guerre, mais c'est une construction politique qui demande un engagement concret de la part des travailleurs et des populations.
C'est par la réponse aux besoins des peuples, par l’accès de tous et toutes à l'eau, l'alimentation, à l'énergie, à l'éducation, le droit au logement à la sécurité et à l’emploi que notre classe peut construire la paix.
La classe dominante parasitaire, qui n' hésite pas à recourir à la guerre, doit être expropriée pour faire à jour à cette nouvelle société de paix.

Le 31 mars, six fédérations (Chimie, cheminots, commerces et services, services publics, mines-énergie et organismes sociaux) et sept Unions Départementales (Val de Marne, Nord, Tarn et Garonne, Bouches du Rhône, Indre, Marne et Cher) appellent à une action coordonnée, comme "un ultimatum au futur gouvernement". Peux-tu nous préciser le sens de cet appel ?
La stratégie syndicale des quinze dernières années pose problème car si on fait le bilan, c'est un échec. Les confédérations dans des ensembles à géométrie variable en fonction des époques ou des sujets, ont systématiquement appelé à des mobilisations dite "saute-mouton" sur des cahiers revendicatifs basés sur "le moins-disant".
La CGT a dilué ses revendications les qualifiant de simples "étapes" dans sa démarche, sauf que pendant ce temps, le monde du travail et les garanties collectives n'ont pas cessé de reculer et les mobilisations d'être de plus en plus faibles.
Une tout autre stratégie doit être mise en place, un véritable processus, qui prendra le temps nécessaire, mais dont l'objectif est le blocage durable de l'économie. C'est le sens de l'appel du 31 mars. Nous le voyons comme une première marche dans ce processus, dont l'étape suivante pourrait être de lancer un ultimatum à celui ou celle qui sera élu(e) à la présidentielle.
On peut en effet s'attendre à des mauvais coups, il faut donc engager le monde du travail dans la perspective d'une lutte d'ampleur pour retrouver la dignité des travailleurs et changer le sens de l'histoire.
L'attaque est globale, la riposte doit être générale. Le 31 mars doit être une marche de l'escalier de la mobilisation et doit nous donner confiance dans notre capacité de mobiliser les travailleurs de manière massive sur des revendications ambitieuses et sur un projet de société qui abatte et remplace le capitalisme.

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(1) https://www.sitecommunistes.org/index.php/publications/documents/1169-syndicalisme-et-lutte-de-classe